PERCEPTION DE LA PROFESSION PAR LES PUBLICS

Une profession très appréciée

– La profession bénéficie d’une image forte auprès des patients (95%) qui mettent en avant les qualités humaines (écoute, attention, proximité) et les qualités professionnelles (compétence et rigueur)

 

– L’utilité de la profession ne fait aucun doute. Les administrations reconnaissent, ne remettent pas en cause l’utilité de la profession et souhaitent travailler en concertation avec elle à la recherche de solutions pour maintenir une offre de soins de qualité et de proximité adaptée aux besoins de la population .

 

84%  des patients estiment utile et efficace la profession et souhaitent que les M.K restent des « généralistes du corps » s’adressant à tous les âges de la vie. Ils demandent une prise en charge globale, alliant connaissance des pathologies, maîtrise de la pratique, information, prévention, éducation de santé.

 

Quant à la formation initiale ou/et continue les patients en ont une bonne opinion, bien qu’ils n’en connaissent pas le contenu, considèrent à 80% que le D.E est un gage de qualité et sont assez indifférents à la question de l’accès des masseurs-kinésithérapeutes à l’université.

La qualité de la prise en charge – délai de rendez-vous (86%), accessibilité des locaux (88%), accueil (97%) – et la qualité de prestation – contact (88%), hygiène (9 %), soins (88%), suivi (91%), information (89%), prévention (80%) est à la hauteur des attentes et besoins des patients .

 

PERCEPTION DE LA PROFESSION PAR LES MK EUX-MEMES

Une connaissance aigüe des menaces touchant la profession :

Les M.K sont inquiets pour l’avenir de leur profession et sont conscients des menaces qui pèsent sur elle. Seul 1 kiné sur 5 est persuadé qu’il existe des valeurs fortes fondant l’identité de la profession. Ce doute est d’autant plus prononcé chez les jeunes confrères et consœurs, malgré une inversion de tendance depuis 2006. Mais la vision de l’avenir reste plutôt pessimiste .

 

Les kinés, professionnels et représentants de la profession, estiment leur périmètre de compétences remis en cause : l’émiettement de la profession (récupération par les esthéticiennes, les sages-femmes ), le développement de métiers concurrents (psychomotriciens, ergothérapeutes), le recrutement de non-diplômés en masso-kinésithérapie dans les établissements (staps, auxiliaires de vie), la place de l’ostéopathie inquiètent les praticiens.

Les kinés pensent que les menaces viennent essentiellement de l’état et des organismes sanitaires. Les représentants de la profession se sentent dépossédés de leur influence sur des sujets cruciaux dans la mesure où beaucoup de décisions sont prises sans concertation préalable ou sans prise en compte des avis ou des propositions de la profession.

Les conditions actuelles de formation et d’exercice entrainent une vision pessimiste de l’avenir. Les M.K en exercice aujourd’hui ont choisi  la profession sur des critères (contact humain, profession de santé, dimension de service, diversité des formes d’exercice ) qui semblent encore attractifs pour les étudiants et les 2/3 d’entre eux ont réalisé leur projet initial. Pourtant seul un peu plus de 50% est satisfait de la formation initiale ou continue.

Si l’adaptation des pratiques (23%), l’autonomie de décision (19%), les collaborations avec les patients (14%) sont les critères les plus valorisants, les M.K sont confrontés à certaines contraintes qui sont des freins à leur épanouissement.

 

Le niveau de rémunération, la charge de travail, les rapports avec les administrations (pour les libéraux) sont les 3 points les plus négatifs soulignés par les M.K dont 1/3 se sent en position d’exécutants en perte d’autonomie de décision .

 

Ces contraintes risquent de s’aggraver dans l’avenir car le niveau de rémunération dépendra de l’enveloppe votée par le parlement; la charge de travail dépendra de l’évolution sanitaire et de la démographie professionnelle (retraite-22% des kinés ont plus de 55 ans-, pratique des jeunes générations, féminisation de la profession) les relations avec les administrations se dégraderont (intensification des contrôles des pratiques et des conditions d’installation).

 

Ceci amène  56% des kinés, les plus pessimistes étant les M.K travaillant seuls, à avoir une vision plutôt négative, voire très négative de l’avenir de la profession . Les seuls éléments positifs qui pourraient redonner de l’espoir aux professionnels sont l’évolution des besoins de la population et les attentes des patients. Mais tout ceci risque de remettre en cause l’attractivité de la profession.


AXES DE TRAVAIL RESULTANT DE L’ENQUÊTE

Le professionnel est face à un paradoxe :

Il est d’une part très favorisé au plan sociétal, en effet la profession est considérée comme utile voire indispensable, offrant une prise en charge de qualité et des solutions à des problématiques sanitaires;

d’autre part il méconnaît sa réputation et doute de sa capacité à se positionner face à des évolutions de politique sanitaire et à surmonter sa difficulté d’exercice au quotidien.

3 axes de travail sont préconisés :

En optimisant l‘image renvoyée par les publics (patients, administrations, médecins) : qualités humaines, compétences et rigueur professionnelle, rapport de proximité (disponibilité et accessibilité).

 

Revaloriser la formation

En faisant évoluer la formation initiale : par un enrichissement du contenu (pratique, clinique, nouvelles techniques).

En créant des liens avec le cursus universitaire : reconnaissance de la formation à BAC+5 (master) dont la première étape est l’intégration à L1 Santé, accès à des formations complémentaires validées, filière doctorante. Aujourd’hui  1/3 des professionnels seulement a une formation universitaire.

En améliorant la formation continue : mise en place d’un système organisé de reconnaissance des formations continues : formations labellisées (qualité) et de reconnaissance de qualification (titre universitaire).

En développant les EPP (évaluation des pratiques professionnelles), qui sont une manière de valoriser la qualité des pratiques des professionnels (seuls 13% des libéraux par manque d’informations, contre 47% des salariés sont engagés dans une démarche d’EPP).

En mettant en place la recherche en masso-kinésithérapie : intégrer le cursus universitaire avec une filière scientifique permettant la formation d’enseignants chercheurs en masso-kinésithérapie (valoriser des apports thérapeutiques, reconnaissance par les prescripteurs, valorisation tarifaire).

En négociant l’accès en première intention au masseur-kinésithérapeute : engager une réflexion avec les autorités de santé.

Le CNO des médecins et les administrations ne sont pas foncièrement opposés à cet accès direct aux soins pour certaines pathologies (idem les sages-femmes et opticiens), conscients que cela permettrait le dédoublement des dépenses de santé.

Quant aux patients 63 % seraient prêts à aller directement chez le kiné.

Cela passe par une amélioration de la formation et des connaissances à travers la recherche.

 

Développer des modes et/ou thématiques de prise en charge qui anticipent les besoins et attentes de la société.

 

Les masseurs-kinésithérapeutes ne sont pas suffisamment positionnés sur certains champs de leur exercice malgré la demande des patients. Le besoin d’information/conseil/prévention et éducation en santé figure en premier plan des attentes des patients. Les kinés doivent encore approfondir certains aspects de leur exercice : dépistage, gestion des conséquences d’une pathologie, gestion du handicap, de la dépendance, lutte contre le stress, travail sur le bien-être…

Donc s’adapter aux évolutions et attentes du patient en développant des spécificités d’exercice (74 % des MK ont déjà une ou plusieurs « modalités particulières d’exercice« ).

Il faut donc réfléchir à développer ces attentes de l’ensemble des patients et politiques.

De même les MK ne sont pas suffisamment investis dans les prises en charge pluridisciplinaires : près de 2/3 des MK ne participent à aucun réseau. Pourtant les administrations de santé sont très attentives à la coordination des soins et cherchent à structurer des coopérations entre professionnels de santé (réseau de proximité, de santé, création de maisons de santé pluridisciplinaires). La loi HPST réaffirme la place des solutions de regroupement et de coopération dans l’offre de soins.

L’appartenance à un ou plusieurs réseaux coïncide avec une vision plus optimiste de l’avenir et pourrait être un levier d’appropriation des enjeux propres à l’avenir du système de santé (réseau avec le médecin traitant, l’infirmier, le médecin spécialiste, le chirurgien…).

 

CONCLUSION

Les ETATS GENERAUX devront être l’occasion :

de débattre des valeurs communes à la profession (consensus d’image forte).

de négocier la revalorisation de la formation, de l’accès à l’enseignement et à la recherche, ceci permettant une meilleure rémunération et une reconnaissance à la hauteur des compétences.

de faciliter l’accès à la masso-kinésithérapie en première intention.

d’anticiper l’évolution des besoins et attentes de la population mais aussi celles des administrations et des politiques.